"Nous sommes arrivés au bout", prévient Cyril Rickmounie, président de la Capeb Réunion. La conférence de rentrée de l'organisation patronale des artisans du bâtiment a été marquée par un constat alarmant : le secteur est en pleine incertitude et risque de s'enfoncer dans la crise. Fiscalité, Lodeom, absence de lisibilité à moyen terme… La Capeb tire la sonnette d'alarme sur une situation jugée "extrêmement inquiétante" pour les entreprises du BTP.
L'année 2025 s'annonce difficile pour les artisans du bâtiment. "Nous sommes dans une période d'incertitude qui va perdurer", affirme Cyril Rickmounie. L'IEDOM et l'INSEE confirment cette tendance : "Les chefs d'entreprise du secteur de la construction et des travaux publics témoignent d'une dégradation de leur activité, mais à un rythme moins soutenu que ces derniers trimestres. Ils déclarent des effectifs en nette baisse au 4e trimestre 2024." Selon la note conjoncturelle de la DEAL, le nombre de logements autorisés à la construction à La Réunion a chuté de 8,3 % en un an, avec une baisse marquée des logements individuels (-21,1 %). "Les mises en chantier sont en recul de 16 %. L'activité s'est repliée, mais nous avons le potentiel et le savoir-faire pour rebondir", insiste le président de la Capeb.
Inquiétude sur la Lodeom
La préoccupation majeure du secteur reste la fiscalité et l'avenir de la Lodeom, cette exonération de charges qui allège le coût du travail dans les DOM. "Nous avons une épée de Damoclès au-dessus de la tête. A quelle sauce allons-nous être mangés ?", interroge Cyril Rickmounie. "Si l'on continue dans cette direction, le BTP s'enfoncera irrémédiablement dans la crise avec des conséquences graves sur l'emploi et l'investissement."
Le manque d'attractivité des métiers inquiète également. "Nous avons des difficultés à attirer les jeunes, et maintenant, nous entendons que le budget de l'éducation nationale pour la formation pourrait être revu à la baisse. La filière est bien organisée, mais si l'on casse tout ce qui a été construit, nous n'aurons plus personne pour reprendre le flambeau", prévient-il.
Les tensions sur les aides publiques se multiplient. "Nous avons appris la suspension des versements de MaPrimeRénov'. C'est une aberration quand on sait que la rénovation est un levier majeur pour la relance du secteur. La réhabilitation est ignorée au profit de la construction neuve. Il faut inverser la tendance !", plaide la Capeb.
Au privé de prendre le relais
Les perspectives restent sombres. "Nous n'avons aucune visibilité sur 2026 alors que nous venons de commencer 2025. Certains observateurs prédisent un redressement, mais pas avant 2026", rapporte Cyril Rickmounie. Pour relancer l'activité, il demande que "les banques jouent leur rôle", avec une baisse des taux directeurs pour favoriser l'investissement privé. "Si l'État n'a plus les moyens d'accompagner la filière, qu'il laisse le privé prendre le relais en libérant l'accès au crédit."
Sur le terrain, le quotidien des entreprises devient de plus en plus complexe. "Les TPE et PME sont les plus touchées : elles embauchent moins et le nombre d'entreprises sans salarié a augmenté de 23 % en un an. Dans le même temps, les délais de paiement s'allongent, ce qui fragilise encore plus les entreprises."
Face à cette situation, la Capeb appelle les décideurs à prendre leurs responsabilités. "Nous discutons avec quelqu'un, et le lendemain, il n'est plus ministre. L'offre politique n'est pas responsable. Il faut une stabilité budgétaire et des engagements clairs pour sauver nos entreprises", martèle Cyril Rickmounie. "Nous avons le potentiel, le savoir-faire, mais nous attendons une véritable impulsion. Nous sommes comme des taximen en attente d'une course, nos carnets de commandes sont vides. Il est urgent d'agir."